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Côte d'Ivoire

Un pays en panne d’électricité

Depuis plus de trois mois, des coupures d'électricité à répétition ont lieu dans tout le pays et paralysent la vie des habitants. Notre Observateur a photographié le quotidien d'un pays qui fonctionne au ralenti. Le 22 décembre dernier, l'une des principales turbines de la centrale électrique d'Azito, la plus importante du pays, a cessé de fonctionner, entraînant un déficit de 150 mégawatts par jour dans la production d'électricité du pays. Selon le président Laurent Gbagbo, après la réparation de la turbine le 18 mars dernier, les coupures d'électricité auraient dû prendre fin en Côte d'Ivoire. Pourtant, le pays continue à vivre une bonne partie du temps sans courant. Car en plus des problèmes de détérioration du matériel, les centrales ivoiriennes n'ont pas la capacité de fournir tout le territoire en électricité (la Côte d'Ivoire produit 830 mégawatts pour une demande moyenne de 875 mégawatts par jour), d'où la nécessité de pratiquer régulièrement des délestages, une technique qui consiste à stopper volontairement l'approvisionnement d'un ou de plusieurs consommateurs pour rétablir rapidement l'équilibre entre la production et la consommation du réseau.

"Les nuits sont longues ici" Joel Fabrice Konan Djaha a 19 ans. Il est étudiant à Grand-Bassam, en Côte d'Ivoire. Les coupures d'électricité ont commencé juste après la Coupe d'Afrique des nations (CAN). Mais avant la coupe, les Ivoiriens avaient été prévenus que tous les appareils électriques, sauf le téléviseur, devaient être débranchés pendant les matchs. C'était le premier avertissement, et cela fait maintenant près de trois mois que des coupures régulières ont lieu sur tout le territoire. À Grand-Bassam [une ville située à l'est d'Abidjan], les coupures ont lieu quasiment tous les jours de 18h à 1h du matin, ou parfois jusqu'à 8h du matin. Les délestages s'accompagnent aussi de coupures d'eau potable. Cette situation paralyse l'économie du pays. Elle touche en grande partie les personnes qui vivent de petits métiers comme la coiffure ou la couture [les magasins sont ouverts tard dans la soirée]. Les appareils électroménagers branchés sont souvent endommagés par les va-et-vient du courant électrique.

Les étudiants ne peuvent pas réviser leurs leçons dans le noir et les cours sont perturbés. Mon professeur de biologie a même affirmé que le taux d'échec s'en ressentirait car les élèves n'arrivent pas à étudier correctement. À Grand-Lahou [département du sud du pays], certains professeurs ne prennent même plus la peine de se déplacer le lendemain d'une coupure. On essaie de gérer au quotidien. Par exemple, pour la conservation de la viande, on s'arrange avant les coupures pour faire des réserves de glace et garder des choses au frais. Mais souvent, la nourriture est quand même abîmée. On peut aussi utiliser des groupes électrogènes. Chacun permet d'alimenter une maison. Mais le moins cher coûte 100 000 F CFA [environs 150 euros], c'est plus que le smig [le salaire minimum interprofessionnel garanti est de 36,607 F CFA pour 40 heures de travail hebdomadaires] et en plus il faut payer l'essence pour le faire fonctionner. Le président a essayé de rassurer la population lors d'une allocution, la semaine dernière. Il affirmé que les délestages cesseraient en fin de semaine. Mais, pour le moment, je n'ai vu aucune amélioration. De toute façon, si des réparations sont opérées, la ville d'Abidjan sera la première à en profiter et nous on passera après. En attendant, les nuits sont longues ici."