Grand-Bassam
Chef-lieu de département, la ville de Grand-Bassam a une superficie de 130 km² pour 58 307 habitants. Site côtier, Grand-Bassam fut à l’instar d’Assinie, de Dabou, Sassandra ou San Pedro l’un des premiers points de contacts entre les navigateurs européens à la découverte de la route des Indes orientales. L’épicentre de la ville est située précisément à environ 40 km à l’est d’Abidjan, et l’accès à Grand-Bassam se fait par une longue, droite et rapide marina, longeant une côte magnifique sur l’atlantique, exploitée en de maints endroits en sites de camping et de restauration balnéaire. Le centre urbain de Grand-Bassam, initialement réduit à des fortifications devant permettre le contrôle de la côte par les forces de conquête coloniale, de même que des échanges commerciaux entre les populations européennes coloniales et les autochtones Abourés, s’est d’avantage développé avec l’établissement des maisons de commerce, puis dans un deuxième temps, l’implantation des fonctions administratives. Lesdites fonctions, notamment celles en rapport avec des positions de pouvoir public, se sont préférentiellement regroupées sur la presqu’île du quartier France, plus facile à tenir en cas d’agression extérieure. Plus tard encore, vers 1909, la ville s’étendra au-delà de la lagune (Quartier Impérial), sur le plateau continental proprement dit et formera avec Moossou, principal site de peuplement autochtone, l’agglomération de Grand-Bassam tel que nous la connaissons aujourd’hui. Le passé glorieux du Grand-Bassam colonial, puis son déclin post indépendance, et enfin l’étalement de la tâche urbaine dans ses franges allogènes et populaires, comme dans ses espaces résidentiels récents de moyen standing, expliquent pour une grande part la configuration urbaine actuelle de la ville. Quelques statistiques nous éclairent sur le passé de la ville et de la société de Grand-Bassam. - En 1899, Grand-Bassam compte 2000 habitants ; - en 1909, 3110 habitants, Soit une croissance de 111 habitants par an sur les cinq premières années de la vie de la Cité. Cette tendance laisse voir une forte propension à l’urbanisation du site, malgré une ruralité encore présente dans l’espace habité, les pratiques économiques, les modes de vie. La principale amorce de développement urbain moderne et de peuplement allochtone massif est identifiée autour de 1988. Quelques autres dates repères sur la démographie de Grand Bassam : 1963 : 17 784 habitants 1975 : 26 523 habitants 1988 : 41 825 habitants 2000 : 70 000 habitants Soit un taux d’accroissement annuel de 4 à 5%. La constitution du patrimoine de la ville s’est faite au fil du temps, avec la transformation progressive de la première capitale de Côte d’Ivoire, du Fort Nemours construit en 1843, à la capitale politique (1893 -1900), et économique (1893 - 1934) de plus de 70.000 habitants en 2004. L’examen des cartes et des photographies fait apparaître avec évidence et clarté l’histoire de Grand-Bassam inscrite en filigrane dans leur image. Initialement prévue pour être un pôle stratégique de défense des intérêts français sur la côte, la ville est ensuite devenue un comptoir puis la capitale de la jeune colonie de Côte d’Ivoire. C’est alors que la ville a joué un rôle politique, puis économique et dans une certaine mesure, elle a pris une part exceptionnelle dans la lutte de la libération du pays, du joug colonial. Partie du fort, la ville a commencé à prospérer avec le temps. A la suite des premières installations commerciales autour du fort, il s’est fait sentir le besoin d’organiser l’occupation de l’espace. La structuration de la ville naissante se met donc en place et les bâtiments, dont les matériaux provenaient pour l’essentiel de l’Europe, se dressent fièrement les uns après les autres. Notons que la majeure partie des bâtiments anciens de Grand-Bassam a été édifiée entre 1880 et 1934 avec une recrudescence d’activités notable entre 1895 et 1905, années d’implantation malgré les ravages de la fièvre jaune. En 1903, un pas important dans la mise en valeur de la ville est franchi, avec le remblaiement et l’assainissement de la zone marécageuse à l’extrême Est de la presqu’île, à l’embouchure du fleuve Comoé. La même année, les premières avenues bordées de Cocotiers sont tracées et aménagées mettant à profit les matériaux naturels localement disponibles, les ingénieurs de la colonie réalisent les fondations de la voie carrossable avec des coquillages concassés et compactés, en guise de liant et de stabilisant. C’est seulement en 1908 que la couche de roulement en bitume est posée sur les coquillages pour améliorer la qualité de la voie. Cette croissance urbaine accompagnée d’une amélioration des équipements urbains est hélas hypothéquée par une épidémie de fièvre jaune qui apparaît pour la première fois en 1857 et se reproduit en 1898, tuant les trois quart de la population européenne, ainsi que de nombreux africains, comme on peut aisément l’imaginer, même en l’absence de statistiques administrative les concernant. La mémoire populaire, telle que figurée par le monument aux morts de la fièvre jaune, érigé en 1914 sur la rue Treich-Laplène, retient sur cette question dramatique de la fièvre jaune que bon nombre d’africains ont eu la vie sauve par le moyen de la pharmacopée rurale. Une conséquence aussi dramatique que les morts de l’épidémie de fièvre jaune est le transfert de toutes les fonctions de capitale de Grand-Bassam à Bingerville en 1900, puis sur le plateau d’Abidjan en 1934. La ville, ainsi amputée de son statut de capitale coloniale et des fonctions administratives rattachées, connaît un déclin sensible, aggravé par la création d’un port en eaux lagunaires, dès le percement du canal de Vridi (1950), qui signifie de fait la perte de la majeure partie des activités commerciales et portuaires du site historique de Grand-Bassam. Grand-Bassam aujourd’hui est une ville qui survit péniblement, sans réelle base économique, ni foyer économique pertinent. Les perspectives de mise en valeur du grand et riche potentiel historique identifié apparaissent du coup, pour la ville et la société de Grand-Bassam, comme une possible voie de sortie de la longue léthargie de la cité. Au niveau du patrimoine immatériel, on relève les deux fêtes traditionnelles légendaires transmises de générations en générations que sont la fête de l’Abissa pour le peuple N’zima et la fête des générations pour le peuple Abouré.
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